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En novembre 2022, Héloïse Miermon contracte le Covid avant de retrouver rapidement ses capacités physiques. Pourtant, dans son cabinet de thérapie cranio-sacrale biodynamique à Genève, elle accompagne aujourd’hui de nombreuses personnes souffrant de Covid long, de fatigue chronique, d’hypersensibilité du système nerveux et d’épuisement persistant. À travers un récit personnel et clinique, cet article explore les liens entre trauma, sécurité, dérégulation du système nerveux et récupération après le Covid.

Une contamination sans alerte

En novembre 2022, j’attrape le Covid sans vraiment m’en rendre compte. À ce moment-là, rien ne semble évident. Une semaine de travail particulièrement dense, un enfant à l’école débordé dans son corps, sans les mots pour dire ce qui le traverse, et cette sensation d’avoir absorbé quelque chose en l'accompagnant toute la journée. Puis je pars en week-end avec ma famille, dont mon père et ma mère de 80 ans. Trois heures de voiture, un trajet sans histoire. La fatigue est là, mais elle pourrait s’expliquer par la semaine passée. Rien ne permet encore de faire un lien.

Nous arrivons dans la maison louée pour le week-end. Je salue tout le monde, puis je vais immédiatement prendre un bain. L’eau est très chaude, presque trop. Je m’y enfonce et je m’assoupis. Le repas se fait simplement, puis je vais me coucher sans attendre. Tout est déjà en train de basculer, mais sans que je le sache encore.

La bascule du corps

Le lendemain matin, le corps ne répond plus. Se lever devient impossible. Les articulations sont brûlantes, comme si quelque chose circulait à l’intérieur avec intensité. Très vite, une forme d’évidence s’impose : c’est le Covid. Mais ce qui frappe surtout, c’est la manière dont le corps vit cette expérience. Tout est amplifié. La moindre sensation devient envahissante. Le pli des draps blesse, la texture de la couverture devient inconfortable, la température est impossible à réguler. J’ai chaud, puis froid, puis à nouveau trop chaud. Le corps cherche, tâtonne, ajuste sans cesse.

Je finis par m’allonger sur le carrelage pour sentir le froid, avec une couverture sur moi pour rester au chaud. C’est un compromis, une tentative de retrouver un équilibre thermique. Le temps s’étire, la fatigue est écrasante, et pourtant l’agitation interne ne s’apaise pas.

La traversée des systèmes

À midi, on frappe à la porte. On me demande si j’ai faim. La réponse sort d’elle-même : non, j’ai le Covid. Je m’isole pour le reste du week-end.

Très rapidement, je perçois que le virus ne se limite pas à une sensation globale de maladie. Il circule, il se déplace. Dans le système digestif d’abord, avec une chaleur intense, des mouvements, des gargouillis profonds. Puis plus tard dans le système nerveux. Là, l’expérience change de nature. C’est comme une agitation interne, des vibrations, quelque chose qui grésille dans la colonne et dans les nerfs, comme si le corps était parcouru par une électricité diffuse.

Une reconnaissance intérieure

Et c’est à ce moment-là que quelque chose bascule.

Cette sensation, je la connais. C’est celle que je perçois sous mes mains lorsque j’accompagne des personnes épuisées, en surcharge, au bord de leurs ressources. Ce n’est plus seulement une expérience personnelle, c’est aussi une reconnaissance clinique. Je comprends de l’intérieur ce que d’autres tentent de décrire.

Alors, de manière presque inattendue, un autre regard apparaît. Je me surprends à remercier ce virus. Non pas pour la maladie, mais pour cette possibilité de mettre des sensations précises sur des états que j’accompagne au quotidien. À partir de là, l’expérience devient plus supportable. Elle prend du sens. Elle devient un appui.

Quatre jours à l’essentiel

L’épisode dure quatre jours. Le virus traverse les systèmes, et moi, je vais à l’essentiel. Les interactions se simplifient, les mots deviennent plus justes, plus directs. Il y a quelque chose de très particulier dans cet état : une forme de présence brute, sans détour. Et aussi, le sentiment d’être entendue différemment, comme si les autres s’ajustaient naturellement à ce que je vis.

Le contexte joue un rôle déterminant. Nous sommes en 2022. Je suis entourée, en sécurité. Nous pouvons nous voir à l’extérieur, dans le jardin. Je ne suis pas seule. Il n’y a pas la peur des débuts de la pandémie. Il y a de la présence, du lien, une forme de continuité humaine malgré la maladie.

La sécurité comme levier de récupération

Cette sécurité change profondément l’expérience.

Sécurité d’être accompagnée. Sécurité de ne pas être isolée. Sécurité de savoir que personne ne va mourir.

Une semaine plus tard, je reprends mes activités. L’escalade, les randonnées, le souffle qui revient progressivement. Le corps retrouve ses capacités sans difficulté majeure. Mon expérience s’arrête là.

Mais au cabinet, je rencontre celles et ceux pour qui cela ne s’est pas arrêté.

Le Covid long : quand le système reste engagé

Des personnes qui, pour beaucoup, traversaient déjà une période de fragilité au moment de l’infection : une séparation, un deuil, un épuisement, un changement de vie. À cela s’est ajouté le contexte collectif, lui aussi profondément déstabilisant. Moins de soutien, moins de repères, un monde suspendu.

Certain·e·x·s n’ont pas été porté·e·x·s.

Et leur système nerveux n’est jamais vraiment redescendu.

Les symptômes persistent, parfois depuis des années : fatigue chronique, hypersensibilité, troubles neurologiques, difficultés respiratoires. Le corps reste comme bloqué dans un état de mobilisation ou d’épuisement.

Relancer le mouvement

Ces personnes arrivent souvent après avoir exploré de nombreuses approches. Et parfois, en séance, quelque chose se remet en mouvement. Une vitalité réapparaît, même brièvement. Une sensation oubliée revient. Cela ne dure pas toujours, mais cela suffit à rouvrir une possibilité.

Je leur dis souvent que le travail ne consiste pas à tout réparer, mais à relancer. À réactiver des ressources déjà présentes. À permettre au système de retrouver un chemin vers l’équilibre.

Le cranio-sacral s’inscrit là, comme une approche complémentaire. Non pas comme une solution unique, mais comme un point de passage. Une manière de soutenir le système nerveux, d’apaiser ses réflexes de protection, et d’accompagner progressivement ce qui a été figé.

C’est un processus lent. Un déplacement. Un déménagement intérieur.

Redonner de la perspective

Et surtout, c’est une manière de redonner de la perspective.

Parce que dans le Covid long, ce qui pèse le plus, ce n’est pas seulement la persistance des symptômes. C’est l’impression que plus rien ne bougera.

Or, le corps, lui, reste en mouvement. Même de façon infime.

Et parfois, c’est à cet endroit-là que le soin commence.

Ptitchat
Ecrit
Mercredi, Mai 20, 2026
Très bel article Héloïse avec beaucoup de sens.
Un sujet porteur d’espoir pour de nombreuses personnes en quête de solutions pour retrouver leur bien-être.
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