Le Sens du Toucher Réparateur

gros plan sur deux mains qui se touchent, une est potelé, celle d'un bébé. l'autre est ridée celle d'une personne âgée. le lien entre les deux est que le toucher est à tout âge nécessaire.


Le sens du toucher : entre enjeu sociétal, théorie polyvagale et accompagnement réparateur

Le toucher, une empreinte fondamentale

Le sens du toucher est le premier à émerger in-utero dès notre développement embryonnaire. À l’intérieur du ventre de la maman ce sont principalement des informations tactiles que l’embryon reçoit lors de son développement.

Plus tard, c’est grâce à lui que bébé expérimente le monde en mettant les objets à la bouche mais aussi en les manipulant de manière très concentrée pour faire sien le monde qui l’entoure.

Il régule aussi nos émotions et notre bien-être par le ressenti sécurisant d’un toucher approprié. Il est requestionné de manière collective avec une conscience biaisée ces dernière années. Dans des contextes sociaux et sanitaires complexes, son absence ou son contexte inapproprié montre bien son importance et le pouvoir qu’il peut avoir sur soi et autrui.

La théorie polyvagale : une clé de lecture du toucher

Outre l’aspect physiologique que le sens du toucher implique, Stephen Porges, avec la théorie polyvagale, met en lumière le lien entre les systèmes nerveux autonome et social. Il explique comment le toucher peut activer le nerf vague, favorisant un état de sécurité et de régulation émotionnelle. Selon cette théorie, un contact doux et respectueux stimule la branche ventrale du nerf vague, créant un sentiment de calme et de connexion globale dans tout le corps. Ainsi les parties du corps blessées peuvent retrouver leur vitalité par effet miroir mais aussi par mémoire d’attachement. Ce processus est particulièrement pertinent dans des contextes de stress ou de traumatisme, où le toucher peut agir comme un levier pour sortir des états de défense (fuite, lutte ou immobilisation).

Steve Haines, dans son ouvrage Touch is Really Strange (2016), explore ces dynamiques en montrant comment le toucher influence notre perception corporelle et notre capacité à nous sentir ancré·es dans le moment présent. Il souligne également le rôle des thérapeutes manuels dans l'accompagnement des personnes ayant subi des traumatismes, où le toucher devient un outil de réorganisation et de réparation du système nerveux.

COVID-19 : une remise en question de l’importance du toucher

La pandémie de COVID-19 a profondément remis en question notre rapport au toucher à l’échelle mondiale. Les mesures de distanciation sociale ont exacerbé un sentiment d’isolement, privant nombreuses personnes du contact physique. De manière collective, il y a eu plusieurs courants autour du «toucher nécessaire et vital». D’un point de vue sanitaire ce sens n’a pas été essentiel alors que nous traversions une période de crise. Cette période a mis en évidence le paradoxe du toucher : bien qu’il puisse être une source de réconfort, il est aussi perçu comme un risque de contamination. Ce dilemme a souligné l’importance de réhabiliter un toucher conscient et respectueux dans nos vies pour compenser les séquelles psychosociales laissées par cette crise encore aujourd’hui.

Le mouvement #MeToo : entre menace et réparation

Le mouvement #MeToo a mis en lumière le toucher non consenti, révélant son potentiel destructeur lorsqu’il est utilisé de manière abusive, même plusieurs décennies plus tard. La mémoire cellulaire reste une réalité non palpable qui est pourtant réelle. Le corps se souvient alors que l’esprit occulte. Ce phénomène ouvre aussi un espace de réflexion sur son pouvoir réparateur. Recontextualisé dans un cadre thérapeutique, le toucher devient une expérience de réhabilitation corporelle, permettant aux personnes blessées de se reconnecter à leur corps dans un espace sécurisé. C’est à travers ce sentiment de sécurité que le corps renoue avec le souvenir de l’attachement bienveillant vécu dans les premiers jours de vie, lorsque sa survie dépendait entièrement d’autrui.

Le toucher peut ainsi être une clé pour reconstruire un engagement social adapté, une relation positive avec soi-même et les autres. Il ne s’agit pas seulement d’un geste, mais d’un outil puissant pour apaiser, réparer ; Avoir une meilleure estime de soi et redonner confiance en soi.

Un levier pour la réparation et le soin global

En santé publique et dans les pratiques de soin, le toucher trouve une place essentielle lorsqu’il est associé à des accompagnements psychosociaux. Les thérapeutes manuels, tels que les praticien·nes en thérapie cranio sacrale ou en massage thérapeutique, jouent un rôle central dans cette démarche. Ils offrent un accompagnement tactile qui complète les interventions psychologiques en facilitant l’autorégulation et en renforçant la sécurité intérieure.

Steve Haines et d’autres auteur·trices montrent que le toucher, lorsqu’il est pratiqué dans un cadre bienveillant, peut être un catalyseur pour dépasser les traumatismes, réduire le stress chronique et restaurer un équilibre global. Ces pratiques permettent une approche intégrative du soin, où le corps et l’esprit sont abordés comme un tout indissociable.

Enjeux et perspectives

Dans une société marquée par l’isolement et les tensions sociales, le toucher, en tant qu’expérience réparatrice, gagne à être valorisé. Le développement de formations spécifiques pour les professionnel·les de l’accompagnement manuel, couplées à une sensibilisation accrue au consentement et à l’éthique, est une piste prometteuse.

En conclusion, le sens du toucher, bien plus qu’un simple sens, est un outil essentiel pour renforcer les liens sociaux, apaiser les traumatismes et cultiver une santé globale. Intégrer des approches corporelles dans les pratiques de soin pourrait offrir des solutions innovantes aux défis psychosociaux contemporains.

Bibliographie sélective :

  • Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation. Norton & Company.
  • Levine, P. (2020). Guérir par-delà les mots, Interéditions.
  • Haines, S. (2023). Le toucher cette chose extraordinaire. Editions Eyrolles.

TAGS

Categories

Uncategorized

12 Responses

  1. Très bel article sur le toucher !! Merci !! Entre références théoriques, illustrations concrètes et contextualisation sociétale ! Trop chouette !!

    • Merci Annabelle pour ce retour. Effectivement beaucoup de recherches ont été faites autour du sens du toucher. A nous de voir quelle est la piste qui nous parle et nous ressource pour trouver la sécurité dont on a besoin. Belle journée, Héloïse

    • Merci Valérie pour ce retour. Oui les enjeux du sens du toucher sont à la fois vastes et simples.
      Je vous souhaite une très belle journée
      Héloïse

    • Bonjour Madame,
      Merci chaleureusement pour votre soutien et retour.
      Je vais régulièrement proposer des articles ici, aussi n’hésitez pas à revenir de temps en temps sur ce blog.
      Prochain sujet. Les mamans et leur bébé.
      Bien à vous,
      Héloïse.

    • Bonjour Sandra,
      Merci chaleureusement pour votre soutien et retour.
      Je vais régulièrement proposer des articles ici, aussi n’hésitez pas à revenir de temps en temps sur ce blog.
      Bien à vous,
      Héloïse.

  2. Dziękuję za to ciekawe spojrzenie na zmysł dotyku. Wykorzystałam fragment artykułu na swojej stronie Fb. Z ciekawością będę tutaj zaglądać.

    • Zawsze jest przyjemnością wymieniać się doświadczeniami między terapeutami czaszkowo-krzyżowymi. Nie ma granic dla takiej wymiany. Dziękuję za podzielenie się! 😊

      C’est toujours un plaisir d’échanger des expériences entre thérapeutes craniosacrales. Il n’y a pas de frontières pour un tel échange. Merci pour le partage ! 😊

  3. Bonjour Héloïse , très bel article. J’ai apprécié lire votre réflexion sur le touché et la mémoire des cellules.
    Merci pour ce beau partage.
    Bien à vous☀️
    Myriam

    • Bonjour Myriam,
      Merci pour votre retour. Oui la mémoire cellulaire est un mystère qui s’élucide de jour en jour ; c’est délicieux de voir qu’un sens comme le toucher peut stimuler cette mémoire dans la perspective d’autoguérison.
      Meilleurs Messages,
      Héloïse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Latest Comments